Un langage mystique

Le langage soufi est un langage mystique, c’est à dire l’art de parler de ce qui est « inaccessible aux sens avec les mots des réalités présentes. » (Paul Nwyia)

Le langage soufi traduit une expérience intérieure. Chaque mot exprime une nuance particulière de l’état d’âme du mystique. Lorsqu’il s’exprime, ce n’est pas lui qui parle mais la présence de l’état mystique en lui.

L’expression, destinée à « éclairer », est un premier niveau de ce langage. Quand l’expression ne suffit plus à parler de l’expérience, le langage fait appel à l’allusion (ishara). L’allusion est indication. Elle emprunte la forme de la métaphore ou de l’anecdote pour parler des réalités subtiles qu’il revient au coeur de saisir. Leur forme elliptique n’agresse pas l’auditoire car elle ne s’adresse jamais à une personne en particulier. L’allusion (ishara) a pour but d’orienter l’auditoire vers une réalité particulière de l’enseignement mystique.

Sidi Hamza va, par exemple, comparer le coeur à un réceptacle (aniyya) afin de nous instruire sur la capacité de cet « organe » à recevoir les Émanations divines. Lorsqu’il le compare à un miroir, c’est pour faire allusion au travail spirituel qui consiste à polir le coeur afin qu’il devienne le miroir de ces Émanations. Et quand il prend l’image du tournesol, il nous signale l’importance de l’orientation du coeur vers les Lumières divines.

La troisième modalité du langage mystique est celle du symbole. Communication non verbale, il projette le disciple dans l’expérience spirituelle qui se situe au-delà des frontières de l’expression et de l’allusion. Aux mots se substituent les gestes, le regard et la présence. C’est le langage de l’état d’intime proximité entre l’amant et le Bien-Aimé. Dans cet état, seul le symbole subsiste en tant que « dialogue » entre le disciple et son Maître. Sidi Hamza nous enseigne à ce propos:

«Celui qui comprend la valeur du shaykh sait que sa relation avec lui n’a pas besoin de paroles; simplement, tu me vois et je te vois et cela est amplement suffisant. Mais encore faut-il être conscient de ce que cela signifie.»

L’utilisation, par le shaykh, des multiples modalités du langage mystique (expression, allusion, symbole), permet à tout un chacun de tirer bénéfice de son enseignement et donc, de cheminer vers la connaissance spirituelle. Ainsi, nous dit Sidi Hamza:

« Comme l’illustre ce verset du Coran: « Ô, Dieu, ajoute-moi une science », la Science de Dieu n’a pas de limites. C’est aussi pourquoi mon discours est sans cesse renouvelé. La voie est un océan infini. Chacun y puise en fonction de son orientation, de sa capacité à recevoir.»

 

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