La sincérité

La sincérité

La sincérité (sidq) de l’engagement est fondamentale dans l’enseignement soufi. Elle constitue le « capital » (ras-al-mal) du faqir. C’est en fait la qualité de cette sincérité, plus qu’une simple mise en pratique des oeuvres de piété, qui donne au faqir la force de remettre en cause les tendances égotiques de son âme. Ballotté entre les altérités, l’ego construit, par procuration, une image de lui-même. Tant qu’il ne se libérera pas de cette image qu’il a lui-même façonnée, l’ego restera prisonnier de lui-même. La sincérité se traduit entre autres par l’acquittement des devoirs qui incombent au disciple, la pratique de ce que lui recommande son Maître. L’expérience du disciple débute par le « goût » (dhawq). Il perçoit au plus profond de son être des états mystiques qui le traversent. Ce sont les premières fulgurations (hâl) des Lumières divines. Cette expérience de la Lumière est ce à quoi le disciple aspire tout au long de son parcours. Son seul désir, sa seule intention ne sauraient cependant lui garantir l’accès à cette Lumière. Comme le dit Sidi Hamza, en utilisant ici encore une image bien contemporaine, il lui faut « payer ses taxes »: « Le Maître peut toujours communiquer la Lumière, mais encore faut-il que le disciple ait fait tout ce qu’il faut pour la recevoir. C’est comme un générateur d’électricité: pour en recevoir la charge, il faut établir toute une installation, et il faut en plus payer les taxes. C’est ainsi seulement qu’on peut recevoir l’électricité ou la lumière. Les taxes, en l’occurrence, sont les devoirs qu’il incombe au disciple de remplir vis-à-vis de la voie: don de soi, dhikr, application de la shari`a. Si l’on ne paie pas ses taxes, il se peut que l’électricité nous soit retirée, même après qu’on l’ait reçue. Celui qui a été habitué à la Lumière éprouve une grande difficulté à s’en passer.  » (Sidi Hamza) À un autre niveau, la sincérité est aussi celle du sens de la quête. Tout en conseillant à ses disciples de prendre soin des hâl qui surviennent lorsque le traversent des éclairs de la Lumière divine, le Shaykh rappelle que ces manifestations font partie de la progression sans pour autant en être le but: « Ne désirez pas le hâl, la hadra, l’ouverture, les visions, etc. Ne désirez que la connaissance de Dieu. Le désir des hâl et des visions risque de voiler cette connaissance. » (Sidi Hamza)...

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