Sidi Boumedienne
Sidi Boumedienne constitue la figure type du mystique en quête de connaissance. Né en 1290/1873, il est le cousin de Sidi al-Hadj al-Mokhtar. Alors que ce dernier combattait contre les Français, il prit de chez lui l’enseignement Qâdiri. Or, depuis trois générations, cette voie avait glissé vers le tabarrûq (bonnes grâces).
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On appelle voie de tabarrûq, ou voie de bonnes grâces, une voie privée de la présence physique du Maître spirituel qui l’avait fondée et qui détenait le sirr (Secret divin). La voie du sirr (Secret), par contre, ou voie vivante (hayya), est une voie bénéficiant de la présence physique de ce Maître. Le sirr (secret divin) est nécessaire pour qu’un enseignement spirituel puisse prétendre mener à la connaissance divine. En l’absence de disciple auquel le sirr peut être transmis, la disparition du fondateur a pour conséquence de plonger la voie vivante (hayya) dans le tabarrûq. Le dhikr (invocation) qui lui servait, grâce au sirr (secret), de progression initiatique, devient un moyen pour attirer les bonnes grâces, d’où le nom que l’on donne alors à cette voie. Un shaykh ne peut prétendre détenir un enseignement spirituel potentiel que s’il détient le Secret (sirr) par le biais d’une Autorisation divine (idhn). […] La baraka peut être transmise de père en fils, ce qui explique d’ailleurs le respect que le musulman ordinaire a pour le sharif, descendant du Prophète. Mais le sirr (Secret), quant à lui, ne peut être transmis sans Autorisation divine (idhn) et sans que ne se décèle chez le destinataire une prédisposition spirituelle à le recevoir.

Un enseignement de tabarrûq ne pouvait satisfaire l’aspiration (himma `aliyya) de Sidi Boumedienne. Il partit à la recherche d’un Maître vivant, doté du Secret (sirr) de l’initiation.

Sa quête mystique dura plusieurs années. Sa persévérance fut récompensée par la rencontre de plusieurs Maîtres dont deux le marquèrent tout particulièrement: Sidi al-Mahdi Bel `Ariane et Sidi Ahmed Lahlou.

L’aboutissement de la quête de Sidi Boumedienne est fondamental car elle fut couronnée par l’acquisition de l’Autorisation divine (idhn) et celle du Secret de l’initiation (sirr). La synthèse des enseignements qu’il reçut lui permit de sortir la voie Qâdiriyya du tabarrûq (bonnes grâces) pour en faire une tariqa vivante, activée par le sirr (Secret).

« Il n’eut de cesse de trouver un Maître de la voie qui pourrait l’introduire dans cette connaissance, l’introduire dans ce « pays » où se révélait la « Réalité ». La Vérité de l’Être. Il a longtemps cherché. Il ne lui arrivait pas de penser qu’un homme pouvait porter en lui une telle sagesse sans qu’il ne cherche à se mettre spontanément à son service, ne prêtant aucune attention au prestige social et spirituel dont il jouissait lui-même, ainsi que sa famille. Une seule chose lui importait: s’approcher de la Vérité. Il allait assez souvent rendre visite à un faqih (maître) du Coran dont il avait le pressentiment qu’il pouvait l’aider. Un jour, ce faqih lui dit: « Cette science que tu cherches, je l’ai eue un temps mais maintenant je ne l’ai plus. Si tu veux cependant rencontrer ton Maître, va à tel sanctuaire à l’heure de la prière de l’aube. Accomplis la visite de ce sanctuaire et en ressortant, tu trouveras celui que tu cherches. »
Sidi Boumedienne n’avait pas dormi ce soir là, attendant avec impatience l’approche de l’aube. Le moment venu, il alla à ce sanctuaire qui se trouvait au sommet d’une petite colline. Il accomplit le rituel de la visite et ressortit avec empressement. Du sommet de la colline, il distinguait la forme d’un homme sur le dos d’une mule. « Voici le pôle (qûtb) que tu cherches » lui dit cet homme. « Que veux-tu que le qûtb te fasse ? »
Sidi Boumedienne était effaré de voir que cet homme, sur cette mule, n’était autre que Sidi al-Mahdi Bel `Ariane, un homme qui habitait une maison voisine de la sienne et dont il avait une piètre opinion. Il accourut vers lui et se pencha sur ses pieds qu’il se mit à embrasser tout en pleurant. Des larmes coulaient en abondance. « Tu sais bien, Sidi, lui dit-il, que pendant toutes ces années ma recherche était sincère; comment as-tu pu me laisser ainsi à l’abandon ? »
« Le moment n’était pas encore venu », répondit Sidi al-Mahdi Bel `Ariane. « Viens maintenant avec moi, je vais te transmettre ce dont tu as besoin ». (Sidi Hamza)
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Sidi Boumedienne mourut en 1955 après avoir transmis son enseignement à Sidi al-Hadj al-`Abass et à Sidi Hamza.

 

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