Sidi al-Hadj `Abass
Sidi al-Hadj al-`Abass est né en 1890 à la qariyyat (village) de Bûyahya, au sud de Ahfir. Il reçut son éducation religieuse à la zawiyya de Madagh. Tout comme Sidi Boumedienne, sa patience fut longuement éprouvée avant de pouvoir accéder à l’enseignement auquel il aspirait:
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Il (Sidi al-Hadj al-`Abass) faisait partie d’une famille largement imprégnée de soufisme. Ayant perdu son père alors qu’il était encore très jeune, il s’occupa de la propriété agricole, de sa famille; à un certain âge, saisi d’une soif intense de Dieu et d’un désir de renoncement, il chercha autour de lui quelqu’un qui pût le guider dans la voie du cœur… En vain. Il lui fut cependant permis de rencontrer une sorte de majdhûb, à Oujda, ville éloignée de chez lui…. […] (qui) lui donna ce conseil:
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« Écoute! Retourne d’où tu viens, entre dans ta maison, ne t’occupe plus de rien, ne cherche personne. Le moment venu, celui qui doit te guider viendra frapper à ta porte… »
Il repartit avec cette précieuse information, intimement convaincu que ce majdhûb avait dit vrai. Il disait vrai. Mais c’est seulement trente-cinq ans plus tard que Sidi al-Hadj `Abbas vit son projet se réaliser. Pendant tout ce temps il resta chaque jour dans l’attente du Maître tant espéré. Le jour providentiel, Sid Abû Madyan (Sidi Boumedienne) – car tel était le nom de celui qui allait être son maître – arriva chez Sidi al-Hadj `Abbas en compagnie de plusieurs autres disciples et frappa à sa porte. Il les accueillit avec une joie indicible et les pria de demeurer dans sa maison. Faouzi Skali, Le Face à Face des cœurs, Les Éditions du Relié, 1999, p. 68-69.
L’enseignement de Sidi Boumedienne, qu’il venait fraîchement de réactiver, passa à Sidi al-Hadj al-`Abass et ce dernier le transmit, juste avant sa mort, en 1972, à son fils Sidi Hamza. Sidi al-Hadj al-`Abass correspond à la figure de la transmission spirituelle. Le rôle de l’Éducateur spirituel, ainsi que sa relation avec ses mûridin (aspirants), sont essentiels pour la compréhension du sens de la transmission dans la voie soufie. Le père de Sidi Hamza précise à ce sujet:
« Ainsi, sachez que je ne suis pas un prédicateur (da`i) ni un savant (`alim) qui prétend à la consultation juridique (fatwa, ni un rapporteur de traditions (mûhadith) qui instruit le public par le biais de l’exégèse du Coran et du hadîth. Cette tâche est celle des savants (`ûlama) spécialisés dans l’étude, l’analyse et l’authentification des textes (nûsûs). Ma relation avec vous est plutôt une relation spirituelle éducative (tarbawiyya) et éthique dont les fondements sont le compagnonnage (sûhba), l’Amour de Dieu, la réunion autour de Son invocation, la réception (ta`arûd) de Ses souffles (nafahatihi), la soif de la connaissance divine, l’accueil de l’aide (madad) permanente de son Prophète, l’aspiration à la purification du coeur, la pureté de la conscience (sarîra), le renforcement de son intériorité ainsi que l’illumination de cette dernière par la lumière de la foi. »
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Le contenu de sa transmission n’est donc pas prescriptif (faqih) ni démonstratif (`alim). La véracité de l’éthique transmise est liée à la présence du Maître qui projette vers l’extérieur, à travers un exemple vivant, une conscience réalisée. Son éthique est donc une émanation et non un discours. Ce qu’il transmet, c’est sa propre expérience et non ce qu’il a entendu. De plus, puisqu’il intègre aussi les deux autres niveaux de la religion, le gnostique est lié extérieurement à la chaîne des transmetteurs, alors qu’intérieurement, il est en relation directe avec le contenu du hadîth et celui de la Parole divine. À chaque instant, il réactualise le moment fondateur de la révélation. Le sens de la transmission varie donc selon le niveau de conscience de l’individu. Le soufi ne peut prétendre à l’éducation spirituelle (tarbiyya) des aspirants s’il n’y est pas prêt, à cause d’une part, comme on l’a vu, du idhn (autorisation), qu’il ne peut obtenir qu’après avoir accédé au plus haut degré de sainteté, et d’autre part, à cause du lourd fardeau que cela représente. Le poids de ce fardeau avait d’ailleurs porté Sidi al-Hadj al-`Abass à refuser, dans un premier temps, la responsabilité d’Éducateur spirituel que Sidi Boumedienne avait décidé de lui transférer.
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[…] Il n’assumera cette charge que cinq ans après la mort de Sidi Boumedienne, c’est-à-dire en 1962:
«En effet, une des plus importantes discussions que j’aie eues avec Sidi Boumedienne avant sa mort fut à propos de la responsabilité du dépôt (amana) confié, ainsi que de l’éducation spirituelle dont il m’a chargé. Malgré son insistance, j’ai refusé et je me suis excusé auprès de lui en lui indiquant une autre personne plus apte que moi. Il a, que Dieu ait son âme, décliné ma proposition en signe de confiance en moi; ainsi, je ne pouvais faire autrement que d’assumer cette responsabilité, de gré ou de force; je me suis tu, par respect des convenances.» (Sidi al-Hadj al-`Abass).
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Sidi al-Hadj al-`Abass est mort le 22 février 1972 à Oujda. Il fut transporté à Madagh. Après une lecture de son testament spirituel, la wassiyya, on l’ensevelit dans le darih (mausolée) familial.  
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