Formation spirituelle

Dans l’enseignement soufi, la pratique religieuse (`ibada) se veut oeuvre plutôt que devoir à accomplir. Ceci dû à l’importance que le soufi donne à la notion d’ikhlas (intention pure) considérée comme le support nécessaire de tout acte.

L’ikhlas (intention pure) est la prédisposition intérieure à l’acte religieux. Elle investit l’acte de son contenu spirituel.

La pratique religieuse soufie présente donc deux aspects: un aspect extérieur, auquel correspond la shari`a (Loi), et un aspect intérieur, soutenu par la pratique du dhik (invocation).

Du point de vue extérieur, la shari`a (Loi) joue le rôle de support de la pratique religieuse. Elle est, selon la métaphore de Sidi Hamza, le réceptacle des Lumières spirituelles:

« Le respect des prescriptions de la shari`a joue le même rôle que la cire du bouchon de la bouteille qui empêche le liquide de se répandre au-dehors. Un récipient peut être rempli d’eau, mais si son fond est éventré par un couteau, tout le liquide s’échappe; on aura beau essayer de le remplir à nouveau, si le fond est troué, rien ne pourra se conserver. Cette image illustre la situation du faqir qui n’applique plus la shari`a. » (Sidi Hamza).

La shari`a a donc son importance dans la progression initiatique du faqir. Elle lui permet de préserver et d’affermir son expérience de la Vérité (haqiqa). Cette expérience relève, quant à elle, de l’aspect intérieur de la pratique religieuse. Le développement du faqir est lié à l’effet du dhikr (invocation) sur son for intérieur. « Le dhikr est la nourriture du coeur », nous dit Sidi Hamza.

Si le dhikr est fondamental dans la pratique initiatique soufie, c’est parce qu’il a un effet « pneumatique » qui, tout en raffinant la perception extrasensorielle du coeur, élève cet organe (mûdgha) vers les dimensions subtiles de l’être. Le dhikr a aussi pour effet de « décaper » le coeur de ses impuretés. Or, ce travail de « polissage » doit être accompagné d’une prédisposition intérieure que Sidi Hamza appelle l’orientation (tawajûh):

« Deux choses sont nécessaires et complémentaires dans la pratique: l’invocation et l’orientation. Lorsqu’on possède un miroir sale et rouillé et qu’on désire qu’il reflète parfaitement le soleil, il faudra effectuer deux types d’opérations:
– polir le miroir: ce polissage s’effectue par le dhikr;
– l’orienter vers le soleil, pour que le soleil s’y reflète parfaitement […]
On peut faire des heures et des heures de dhikr, si on ne s’oriente pas, c’est du temps perdu, c’est inutile. C’est comme si l’on désirait qu’un bol recueille de l’eau du ciel et que l’on mettait ce bol à l’envers: il pourra pleuvoir des trombes d’eau, le bol ne recueillera pas la moindre gouttelette. En revanche, si le bol est orienté vers le ciel, même s’il ne tombe qu’une goutte, il la recueillera. » (Sidi Hamza)

On remarque une relation étroite entre l’orientation du coeur, le dhikr et la shari`a. L’orientation recueille l’eau, le dhikr lustre le réceptacle et la shari`a solidifie ce réceptacle. Ces trois moments importants dans la pratique religieuse, lorsque soutenus par une intention pure (ikhlas), transfigurent le devoir religieux en une oeuvre de contemplation.

 

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