Les confréries soufies

Les confréries soufies s’inscrivent dans la tradition du compagnonnage inaugurée par le Prophète Mohammed, Paix et Salut sur lui. […] Abû Bakr as-Sidiq, premier khalif de l’Islam, fut le premier à la perpétuer. Il réunit autour de lui un groupe de personnes dont le désir était d’approfondir leur pratique religieuse et d’accéder ainsi à la connaissance spirituelle. […]

Axé sur une pratique du dhikr (invocation), l’enseignement de la confrérie (tariqa) prendra, à partir du IIe siècle de l’hégire (VIIIe de l’ère chrétienne), le nom de soufisme. Très tôt, le soufisme s’impose comme mystique officielle de l’Islam.

Lorsque la mystique prend comme ancrages la Parole divine qu’est le Coran et la sûnna qui est l’ensemble des propos et actes du Prophète, on parle alors de soufisme sunnite […]:

« Celui qui hérite de l’intériorité du Prophète est soufi et celui qui hérite de son extériorité est sunnite » (Ja`far Siddiq)

La première expression confrérique du soufisme va voir le jour en l’an 161/777-778, lors de la fondation de l’ordre soufi des Adhamyya par Abou Ishaq Ibrahim ben Adham. L’origine de cet ordre remonte, par une succession de chefs spirituels, au quatrième khalif, Ali Ibn Abi Talib. Il sera à l’origine des plus importantes confréries (tariqa) de l’Islam, dont celle de Mûlay `Abd al-Qâder al-Jilani (mort en 561/1166).

L’expansion d’une mystique essentiellement confrérique ne va toutefois réellement prendre son élan en terre d’Islam qu’au VIe/XIIIe siècle. […] Il lui faudra auparavant passer par l’exploration de l’expérience (IIe/VIIIe au IVe/Xe siècle), puis l’élaboration de la doctrine par ceux que l’on peut appeler « les classiques du soufisme » (IVe/Xe siècle au VIe/XIIe siècle), pour en arriver à l’éclosion du soufisme communautaire de la tariqa. Cette dernière étape s’étendra sur près de sept siècles (VIe/XIIe siècle au XIIIe/XIXe siècle).

La période allant du IIe/VIIIe siècle au IVe/Xe siècle est celle des premières grandes figures du soufisme comme Hassan Basri, Chaqiq Balkhi (mort en 194/810), Hâtim Ben `Afvân Assamm (mort en 237/852), ou encore Rabi`a al-`Adawiyya (morte en 185/801). […] Al-Jûnayd, le « seigneur de l’assemblée spirituelle », vient clore cette première période de l’histoire du soufisme en définissant ce qu’est un Homme réalisé […]. L’apport de al-Jûnayd est fondamental car il va non seulement théoriser les principes du soufisme mais il va aussi élaborer les bases du soufisme sunnite.

La seconde période, qui s’étend du IVe/Xe au VIe/XIIe siècle, se caractérise principalement par le foisonnement de traités sur le soufisme. Le but de ces traités est de répondre aux accusations d’hérésie proférées par l’orthodoxie à l’égard des soufis. […] Avec al-Ghazâli prend fin la seconde période de l’évolution du soufisme. C’est alors (VIe/XIIe siècle) que le soufisme confrérique prend son essor. […]

La troisième période de cette évolution est celle du soufisme communautaire qui s’étend du VIe/XIIe siècle au XIIIe/XIXe siècle. Une des plus importantes confréries, dont l’expansion va atteindre l’Inde, le Turkestan, l’Arabie, l’Egypte et l’Afrique du Nord, est celle de Mûlay `Abd al-Qâder al-Jilani (470/1077), originaire de la province de Jilan, située au sud de la mer Caspienne. […] La mystique dépasse, grâce à lui, les limites des retraites spirituelles et des zawiyyat et devient ainsi accessible à la majorité des musulmans. La confrérie soufie de la Boudchichiyya est une branche de la tariqa (confrérie) al-Qâdiriyya de Mûlay `Abd al-Qâder al-Jilani.

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