Le soufisme

Le soufisme est la dimension intérieure de l’Islam qui émerge avec son Prophète, vers 610, non comme une religion nouvelle mais pour réveiller à la mémoire des Hommes la religion primordiale. La Parole d’Allah éclate dans le silence du désert, non seulement pour abroger (nâsikh) les anciennes croyances tribales mais aussi pour préserver les plus belles qualités des gens de l’époque: l’honneur et la vertu. Celles-ci, considérées comme naturelles à l’Homme, ont fait de l’Islam une religion naturelle (dîn’ûl-fitra) que l’on appelle aussi religion de l’équilibre et du juste milieu (dîn’ûl-wassat).

En tant que vérité immuable, Dieu Se déploie (théophanie) dans le monde à travers Ses signes. Déploiement infini d’une Création qui repose sur la « Compassion » divine (ar-rahman). L’Homme, créé à l’image de Dieu, est porteur du Souffle divin, comme le précise le Coran à propos de la création adamique : « Lorsque je l’aurais formé et que j’aurais soufflé en lui de Mon Esprit… » (Coran, s.XV, v.29).

La chute d’Adam ne change rien à la nature théomorphique de l’Homme mais elle l’a plongé dans un état d’oubli de Son Créateur et de son origine divine. Tout comme au temps d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, de Moïse et de Jésus, l’appel d’Allah, incarné dans le Coran, engage à la réflexion, invite à la compréhension du monde et de l’univers pour éveiller « l’inconscient spirituel » endormi de l’Homme et l’inciter à effectuer le voyage du retour vers son identité originelle.

Le soufisme est la voie de la reconduction de l’âme vers ce centre invisible de l’Être, par un parcours initiatique qui s’effectue dans cet espace intérieur que les soufis appellent le cœur (al-qalb).

« Mon voyage ne s’est pas effectué ailleurs qu’en moi-même. » (Ibn `Arabi).

Selon la représentation musulmane du monde, « le monde comporte un aspect extérieur, exotérique (dahir), et un aspect intérieur, ésotérique (batin), représentés respectivement par la Loi (shari`a) et la Vérité (haqiqa). […] la shari`a est le revers apparent de la Vérité cachée du monde. En tant que mystique de l’Islam, le soufisme aura pour tâche de transmettre les vérités spirituelles alors que l’ensemble des sciences qui constituent la jurisprudence musulmane auront pour tâche de maintenir intacte la Loi révélée.  » (Le Renouveau…).

La structure religieuse musulmane comporte trois niveaux de religion, définis dans un hadîth célèbre, celui de L’Ange Gabriel (hadîth Jibril). Le premier niveau, l’islam, régi par la Loi (shari`a) concerne la pratique de base des cinq piliers de l’Islam. La connaissance repose ici sur la conformité aux préceptes indiqués dans le Coran. C’est la science du droit et de la jurisprudence. Le deuxième niveau, iman, est celui des convictions de la foi, s’élevant à un certain niveau d’abstraction. Sa connaissance se construit au moyen de l’intellect. C’est la science de la théologie. Le troisième niveau, ihsan, est celui de la vertu de la contemplation des vérités spirituelles (haqiqa). Son mode de connaissance est celui du dévoilement. C’est le domaine de la mystique, celui de la science soufie. Le soufisme sunnite veille à intégrer ces trois niveaux pour maintenir un équilibre dans la progression vers la connaissance du dévoilement.

L’expérience mystique va progressivement dévoiler au « cheminant vers Dieu » les dimensions cachées de sa propre réalité existentielle, le « dépôt sacré » dont il est le réceptacle en tant que « vicaire de Dieu » sur terre.

« L’expérience spirituelle du soufi engage le mystique dans un rapport du vivant au Vivant, d’une conscience éveillée (nûhûd) à un « Dieu vivant » (Hayy). […] La conscience du soufi, « teintée » (sibghat Allah) des attributs divins, traverse tantôt la terrible puissance du Dieu vivant (al-jalal), tantôt Son infinie beauté (al-jamal); elle s’installe dans Sa miséricorde (al-rahim) pour s’élever aussitôt vers Sa générosité (al-karim) et ce, jusqu’à l’infini. […] Le soufi […] « vit » le monde comme une émanation du Souffle divin.  » (Le Renouveau…)

« Pour le soufi, seule la lumière de Dieu existe » (Sidi Hamza)

La réalisation de l’ensemble du dépôt sacré élève cet homme théomorphique au plus haut niveau de la condition humaine. Une fois réalisé, un tel être devient un guide spirituel (shayk ta`lim wa at-tarbiyya) dont la présence, véritable effluve sacré, inspirera les cœurs épris de Dieu vers la réalisation des grands dévoilements.

RETOUR