Le soufisme au Maroc

La société marocaine, de tradition islamique, est tout particulièrement imprégnée par l’éthique et les référents spirituels du soufisme sunnite dont l’enseignement s’est diffusé à partir des confréries. […]

L’influence d’al-Ghazâli va orienter cette mystique vers une pratique de l’éthique (akhlaq) et du bel agir (makarim al-akhlaq), conforme aux préceptes du Coran et à l’enseignement du Prophète. Parmi les Saints les plus connus figure Abû Ya`za Ialennûr, appelé aussi Mûlay Bû `Azza, qui aurait vécu 130 ans, de 424/1046 à 554/1176.

L’apport de Sidi Abû Madyan al-Ghûwt, un contemporain de Mûlay Bû `Azza, fut fondamental dans l’implantation au Maroc de la tariqa (confrérie) de Mûlay `Abd al-Qâder al-Jilani. Originaire d’Andalousie[…], il rencontra, à Baghdad, Mûlay `Abd al-Qâder al-Jilani dont il devint l’élève. Abû Madyan reçut aussi l’enseignement de Mûlay Bû `Azza, de Sidi Harazem et de Sidi ed-Daqqâq. La synthèse, effectuée par Abû Madyan, de ces enseignements vivants, incluant celui d’al-Ghazâli, a reçu un accueil favorable au Maroc. […]

Ce mysticisme du milieu permet l’éclosion de l’ordre Qâdiri (tariqa al-Qâdiriyya) dès le VIe/XIIe siècle. […] Plusieurs gnostiques vont, à travers les siècles, revivifier la tariqa al-Qâdiriyya. Le premier d’entre eux est Abû-al-Hassan al-Shadili, disciple de `Abdessalam Ibn Mashish dont l’enseignement remonte à Sidi Abû Madyan. L’influence de sa tariqa, connue sous le nom de Shadiliyya, s’étendit de l’Afrique du Nord jusqu’au Hidjaz. Son enseignement soufi, essentiellement sunnite, s’inspirait de al-Jûnayd. Son deuxième successeur, Ibn `Ata’ Allah d’Alexandrie (mort en 709/1510), est l’auteur d’un petit recueil de « sapiences », les Hikam. […]

Un second mystique, l’imam `Abdessalam al-Jazûli, va, au IXe/XVe siècle, donner naissance à la Jazûliyya, à partir de la tariqa Shadiliyya. Sa particularité est d’avoir instauré cette position médiane de la mystique comme une « ligne traditionnelle » du soufisme sunnite marocain. Il est l’auteur d’un fameux opuscule de prières sur le Prophète, Dala’il al-Khayrat (Les signes des bienfaits). […]

La tariqa al-Qâdiriyya se développa jusqu’au XIXe siècle et porta d’autres éponymes. Parmi les grands restaurateurs du soufisme sunnite, on compte au Xe/XVIe siècle Sidi Ahmed Zarrûq qui institua la tariqa Zarrûqiyya. Au XIe/XVIIe siècle, la tariqa Nassiriyya de Sidi Ahmed Ben Nasser voit le jour. Vers la fin du XIIe/XVIIIe siècle, apparaissent deux grands gnostiques: les sharif Mûlay al-`Arbi ad-Darqawi et Sidi Ahmed Tijani. […]

L’apparition de l’Islam radical ainsi que celle du colonialisme occidental ont cependant contraint cette forme de religiosité à s’éclipser pendant quelques décennies. Elle réapparaît au début des années 1970 dans un souffle de renouveau, à travers la confrérie (tariqa) al-Qâdiriyya al-Boudchichiyya, dont Sidi Hamza est le Maître actuel.

Le renouveau du soufisme sunnite, à travers la confrérie al-Boudchichiyya, reflète la volonté de s’engager librement dans une tradition spirituelle vivante car génératrice de sens. La multiplication des zawiyyat (lieux de prières soufies) affiliées à cette confrérie traduit, depuis 1972, le désir d’une société en quête d’une identité authentique. […] En fait, ce renouveau répond à un besoin fondamental de l’Homme, celui de l’expérience du sacré.

 

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