Le rôle du Maître

Sidi Hamza, en tant que Maître spirituel de la tariqa al-Boudchichiyya, est considéré par ses disciples comme un modèle. Un modèle dont l’intensité apparaît au niveau de la transformation comportementale du nouvel adhérent et sur les relations entre les disciples.

Dans le jargon soufi, le Maître spirituel est appelé « le portier » (bawab), c’est-à-dire celui qui permet l’accessibilité à la connaissance spirituelle. « Le portier » est un individu qui a réalisé son propre parcours et qui revient parmi les Hommes pour leur transmettre la connaissance spirituelle. Il revient spirituellement réalisé et imprégné de toutes les dimensions spirituelles qu’il a explorées.

Le rôle principal du Maître est d’éduquer les âmes. Cet aspect éducatif devient, par la nécessité des choses, un trait de caractère du Maître et englobe l’ensemble des autres traits. Ainsi, la générosité, la beauté, l’ivresse, etc., font toutes partie du comportement éducatif de Sidi Hamza. Ses actes, son écoute, ses dialogues, ont une vocation pédagogique. En tant que modèle, il est lui-même, en quelque sorte, le premier « instrument » de son enseignement. Et sa façon même d’assurer l’éducation de ses disciples est en soi un modèle de noblesse de comportement pour ceux qui s’arrêtent à l’observer:

« De par son éducation, on n’a pas l’impression d’avoir affaire à un shaykh qui donne des ordres (shaykh tay amrak). Il peut donner des conseils (ra’y). Il peut aussi prendre des conseils d’un faqir: il prend avis des autres […]. Son éducation fait qu’il donne l’impression à l’autre qu’il a besoin de ses avis. » (Témoignage extrait de: Le renouveau du soufisme au Maroc)

Clé, portier, guide, sculpteur des âmes, le shaykh est profondément engagé envers son disciple (faqir), tout comme l’est le faqir envers son shaykh (Maître).
Si le shaykh peut prétendre à l’éducation spirituelle de ses disciples, c’est parce qu’il a lui-même réalisé tout le parcours initiatique. Selon la doctrine soufie, il a atteint le plus haut degré de « l’humanitude ». Ainsi, nous dit Sidi Hamza:

« Le shaykh n’est ni un beau parleur qui jonglerait avec les doctrines pour fasciner notre mental […] ni un faiseur de miracles; en somme, ce n’est pas un faux Prophète. Le shaykh authentique est shaykh par la vertu du Secret (sirr) reçu de son Maître et de l’Autorisation (idhn) d’enseigner ce que Dieu lui a confié. »

Sidi Hamza définit aussi le shaykh comme la porte de la Demeure divine. La notion de porte fait référence au célèbre hadîth du Prophète lorsqu’il disait de sayyidûna `Ali: « Je suis la cité de la science et `Ali en est la porte. » Or, quiconque cherche à entrer dans une maison se dirige vers la porte. Non pas qu’il désire la porte elle-même mais parce qu’elle est le passage obligé entre le monde des Réalités (haqa’iq) divines et nous. C’est pourquoi on appelle aussi le shaykh, médiateur (wassita), terme souvent employé par Sidi Hamza

La wassita (médiation spirituelle) oriente l’aspiration intérieure du disciple vers les Lumières divines. Elle devient alors pour le disciple un rappel constant (dhikr) du chemin qu’il doit poursuivre et de la conscience qu’il doit atteindre. Ainsi, souligne le shaykh:

« Même quand je parle de votre jardin, je vous parle de l’Unité divine (tawhid). » (Sidi Hamza)

Le shaykh est cet artisan, ce catalyseur du processus de transmutation de l’âme du disciple qui aspire à dépasser les limites de son ego, purifier son coeur jusqu’à ce qu’il puisse goûter les saveurs spirituelles et en arriver à vivre l’expérience de l’Unification de l’être avec Dieu:

« Le Maître est comme une usine: le disciple est d’abord du bois brut, et il sort de l’usine comme du bois ouvragé. » (Sidi Hamza)

Mais le shaykh reste avant tout un Homme parmi les Hommes. S’il prétend dépasser la condition humaine, cela veut dire qu’il a échoué dans sa mission. Tout simplement, nous dit Sidi Hamza:

« Si votre Maître se met à voler, alors ne le suivez pas. »

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