Maître et disciple

La relation entre le shaykh et le faqir est, dans la voie soufie, une relation pédagogique comme celle entre un professeur et un étudiant:

« Le shaykh se met tantôt en dessous, tantôt au-dessus du disciple. En dessous pour accentuer la proximité et l’intimité entre eux. Au-dessus, pour que le disciple se secoue, se réveille, magnifie la voie. » (Sidi Hamza)

Cette relation est fondée sur la réciprocité de l’Amour Maître-disciple:

« Il est nécessaire d’aimer son Maître, qui éduque et nourrit spirituellement. L’amour est parfait lorsque l’amour du disciple envers le Maître est complété par l’amour du Maître envers le disciple. » (Sidi Hamza).

Quant au lien entre les deux, il repose sur le dhikr que le Maître a donné à son disciple:

« L’invocation est le moyen par lequel s’établit le lien spirituel entre le Maître et le disciple. » (Sidi Hamza)

La relation shaykh-faqir est donc une relation d’intimité qui relève autant de l’Amour que du travail spirituel. L’Amour et la rigueur sont possibles grâce à l’influence du Secret (sirr) divin. L’ascension du disciple vers la Réalité spirituelle semble être le fruit de ce double don: don du disciple au Maître (don manifesté par les oeuvres extérieures et la disposition intérieure) et don du Maître en retour. Un don de réciprocité qui repose, comme l’explique Sidi Hamza, sur une acceptation mutuelle:

« Dis aux fûqara que je les accepte mais qu’il faudrait qu’eux aussi, ils m’acceptent. C’est comme il est dit dans le verset du Coran: « Dieu est satisfait d’eux et ils sont satisfaits de Lui ». Il faut que la satisfaction s’accomplisse dans les deux sens. Mais il est vrai que c’est l’Agrément divin qui a lieu en premier et qui suscite la satisfaction de celui que Dieu a aimé. Celui qui donne quelque chose le donne pour Dieu, pour la réalisation du bien, non pas dans un but matériel. » (Sidi Hamza)

On comprend, à travers ces paroles, que le don de réciprocité commence par le don du shaykh. Le shaykh donne sans cesse alors que le disciple reçoit selon sa capacité de recevoir, capacité qui dépend directement du don qu’il a fait de lui-même: pour recevoir, il doit donner; pour se remplir des Lumières spirituelles, il doit se vider de lui-même.

RETOUR