Madagh : La zaouia mère

Madagh : La zaouia mère

Dans les plaines de Triffa, à une quinzaine de kilomètres au nord de Berkane, se niche un village appelé Madagh. En venant d’Ahfir, avant d’arriver au village, se dresse majestueusement un bâtiment surplombant une luxuriante vallée, celle de la Moulouya. C’est la zawiyya mère de la tariqa al Qâdiriyya al-Boudchichiyya, mieux connue sous le nom de zawiyyat Madagh. . De là, le regard du promeneur se pose à l’est sur la frontière algérienne, plonge au nord dans la Méditerranée et se laisse flotter, vers l’ouest, sur les eaux du fleuve Moulouya. Au sud, par-delà la ville de Berkane, on aperçoit le djebel (montagne) des Béni Snassen, dominé par le Ras Foughal (140m). De l’autre côté des Béni Snassen, la plaine des Angad où s’étend Oujda, capitale du Maroc oriental. (Le Renouveau).      ...

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Sidi al-Hadj `Abass

Sidi al-Hadj `Abass

Sidi al-Hadj al-`Abass est né en 1890 à la qariyyat (village) de Bûyahya, au sud de Ahfir. Il reçut son éducation religieuse à la zawiyya de Madagh. Tout comme Sidi Boumedienne, sa patience fut longuement éprouvée avant de pouvoir accéder à l’enseignement auquel il aspirait: . Il (Sidi al-Hadj al-`Abass) faisait partie d’une famille largement imprégnée de soufisme. Ayant perdu son père alors qu’il était encore très jeune, il s’occupa de la propriété agricole, de sa famille; à un certain âge, saisi d’une soif intense de Dieu et d’un désir de renoncement, il chercha autour de lui quelqu’un qui pût le guider dans la voie du cœur… En vain. Il lui fut cependant permis de rencontrer une sorte de majdhûb, à Oujda, ville éloignée de chez lui…. […] (qui) lui donna ce conseil:  . « Écoute! Retourne d’où tu viens, entre dans ta maison, ne t’occupe plus de rien, ne cherche personne. Le moment venu, celui qui doit te guider viendra frapper à ta porte… » .  Il repartit avec cette précieuse information, intimement convaincu que ce majdhûb avait dit vrai. Il disait vrai. Mais c’est seulement trente-cinq ans plus tard que Sidi al-Hadj `Abbas vit son projet se réaliser. Pendant tout ce temps il resta chaque jour dans l’attente du Maître tant espéré. Le jour providentiel, Sid Abû Madyan (Sidi Boumedienne) – car tel était le nom de celui qui allait être son maître – arriva chez Sidi al-Hadj `Abbas en compagnie de plusieurs autres disciples et frappa à sa porte. Il les accueillit avec une joie indicible et les pria de demeurer dans sa maison. Faouzi Skali, Le Face à Face des cœurs, Les Éditions du Relié, 1999, p. 68-69. .  L’enseignement de Sidi Boumedienne, qu’il venait fraîchement de réactiver, passa à Sidi al-Hadj al-`Abass et ce dernier le transmit, juste avant sa mort, en 1972, à son fils Sidi Hamza. Sidi al-Hadj al-`Abass correspond à la figure de la transmission spirituelle. Le rôle de l’Éducateur spirituel, ainsi que sa relation avec ses mûridin (aspirants), sont essentiels pour la compréhension du sens de la transmission dans la voie soufie. Le père de Sidi Hamza précise à ce sujet: .  « Ainsi, sachez que je ne suis pas un prédicateur (da`i) ni un savant (`alim) qui prétend à la consultation juridique (fatwa, ni un rapporteur de traditions (mûhadith) qui instruit le public par le biais de l’exégèse du Coran et du hadîth. Cette tâche est celle des savants (`ûlama) spécialisés dans l’étude, l’analyse et l’authentification des textes (nûsûs). Ma relation avec vous est plutôt une relation spirituelle éducative (tarbawiyya) et éthique dont les fondements sont le compagnonnage (sûhba), l’Amour de Dieu, la réunion autour de Son invocation, la réception (ta`arûd) de Ses souffles (nafahatihi), la soif de la connaissance divine, l’accueil de l’aide (madad) permanente de son Prophète, l’aspiration à la purification du coeur, la pureté de la conscience (sarîra), le renforcement de son intériorité ainsi que l’illumination de cette dernière par la lumière de la foi. » . Le contenu de sa transmission n’est donc pas prescriptif (faqih) ni démonstratif (`alim). La véracité de l’éthique transmise est liée à la présence du Maître qui projette vers l’extérieur, à travers un exemple vivant, une conscience réalisée. Son éthique est donc une émanation et non un discours. Ce qu’il transmet, c’est sa propre...

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Sidi Boumedienne

Sidi Boumedienne

Sidi Boumedienne constitue la figure type du mystique en quête de connaissance. Né en 1290/1873, il est le cousin de Sidi al-Hadj al-Mokhtar. Alors que ce dernier combattait contre les Français, il prit de chez lui l’enseignement Qâdiri. Or, depuis trois générations, cette voie avait glissé vers le tabarrûq (bonnes grâces). . On appelle voie de tabarrûq, ou voie de bonnes grâces, une voie privée de la présence physique du Maître spirituel qui l’avait fondée et qui détenait le sirr (Secret divin). La voie du sirr (Secret), par contre, ou voie vivante (hayya), est une voie bénéficiant de la présence physique de ce Maître. Le sirr (secret divin) est nécessaire pour qu’un enseignement spirituel puisse prétendre mener à la connaissance divine. En l’absence de disciple auquel le sirr peut être transmis, la disparition du fondateur a pour conséquence de plonger la voie vivante (hayya) dans le tabarrûq. Le dhikr (invocation) qui lui servait, grâce au sirr (secret), de progression initiatique, devient un moyen pour attirer les bonnes grâces, d’où le nom que l’on donne alors à cette voie. Un shaykh ne peut prétendre détenir un enseignement spirituel potentiel que s’il détient le Secret (sirr) par le biais d’une Autorisation divine (idhn). […] La baraka peut être transmise de père en fils, ce qui explique d’ailleurs le respect que le musulman ordinaire a pour le sharif, descendant du Prophète. Mais le sirr (Secret), quant à lui, ne peut être transmis sans Autorisation divine (idhn) et sans que ne se décèle chez le destinataire une prédisposition spirituelle à le recevoir. Un enseignement de tabarrûq ne pouvait satisfaire l’aspiration (himma `aliyya) de Sidi Boumedienne. Il partit à la recherche d’un Maître vivant, doté du Secret (sirr) de l’initiation. Sa quête mystique dura plusieurs années. Sa persévérance fut récompensée par la rencontre de plusieurs Maîtres dont deux le marquèrent tout particulièrement: Sidi al-Mahdi Bel `Ariane et Sidi Ahmed Lahlou. L’aboutissement de la quête de Sidi Boumedienne est fondamental car elle fut couronnée par l’acquisition de l’Autorisation divine (idhn) et celle du Secret de l’initiation (sirr). La synthèse des enseignements qu’il reçut lui permit de sortir la voie Qâdiriyya du tabarrûq (bonnes grâces) pour en faire une tariqa vivante, activée par le sirr (Secret). « Il n’eut de cesse de trouver un Maître de la voie qui pourrait l’introduire dans cette connaissance, l’introduire dans ce « pays » où se révélait la « Réalité ». La Vérité de l’Être. Il a longtemps cherché. Il ne lui arrivait pas de penser qu’un homme pouvait porter en lui une telle sagesse sans qu’il ne cherche à se mettre spontanément à son service, ne prêtant aucune attention au prestige social et spirituel dont il jouissait lui-même, ainsi que sa famille. Une seule chose lui importait: s’approcher de la Vérité. Il allait assez souvent rendre visite à un faqih (maître) du Coran dont il avait le pressentiment qu’il pouvait l’aider. Un jour, ce faqih lui dit: « Cette science que tu cherches, je l’ai eue un temps mais maintenant je ne l’ai plus. Si tu veux cependant rencontrer ton Maître, va à tel sanctuaire à l’heure de la prière de l’aube. Accomplis la visite de ce sanctuaire et en ressortant, tu trouveras celui que tu cherches. » Sidi Boumedienne n’avait pas dormi ce soir là, attendant avec impatience l’approche de l’aube. Le moment venu, il...

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Sidi al-Hadj al-Mokhtar

Sidi al-Hadj al-Mokhtar

Sidi al-Hadj al-Mokhtar, grand-père de Sidi Hamza, s’est notamment illustré en levant les armes contre les Français, en 1907. L’agitation des Béni Snassen, confirment les sources coloniales, commence avec l’occupation d’Oujda au début de l’année 1907. La résistance de Sidi al-Hadj al-Mokhtar est de type traditionnelle, religieuse. Elle est identique à celle que les zawiyyat ont, de tout temps, opposée aux colons et s’appuie ainsi sur un « acquis de plusieurs siècles » (Laroui). Cette forme de résistance se construit autour d’une notion spirituelle de la nation, en tant que « peuple de Dieu », connu sous le nom de l’ûmma. La résistance de Sidi al-Hadj al-Mokhtar se prolongea jusqu’au 31 décembre 1907, date de sa capture par les colons. Sidi al-Hadj al-Mokhtar mourut en 1914 à Madagh où il fut enterré....

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La chaîne initiatique

La chaîne initiatique

Le shaykh de la confrérie, un Saint patron, tire sa légitimité de sa baraka grâce à laquelle il peut assurer l’éducation des gens qui viennent à lui. La chaîne initiatique est très importante dans la légitimation de l’enseignement du shaykh. Cette « chaîne d’or » de l’initiation (silsila) garantit l’authenticité de l’enseignement, dans la mesure où elle assure la transmission du dépôt spirituel (sirr) de shaykh à shaykh jusqu’au Prophète, en passant généralement par Ali Ibn Abi Talib. La capacité initiatique de la tariqa al-Qâdiriyya al-Boudchichiyya provient de la synthèse spirituelle des trois voies soufies dont Sidi Boumedienne a reçu l’enseignement, la Qâdiriyya, la Shadiliyya et la...

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Les origines

Les origines

Maître soufi vivant, Sidi Hamza al-Qâdiri Boudchich est issu d’une famille de shûrfa descendants du Prophète sayyidûna Mohammed -sur lui la Bénédiction et la Paix. Parmi les grandes figures spirituelles qui ont marqué le destin de cette famille, on retrouve Mûlay `Abd al-Qâder al-Jilani dont elle hérita du nom. Originaires de l’Iraq, les ancêtres de Sidi Hamza s’établirent dans la partie orientale du Maroc vers le milieu du XIIe siècle (de l’hégire)/XVIIe siècle (de l’ère chrétienne). La région des Béni Snassen fut leur terre d’accueil. Plus précisément, ce fut le village de Taghjirt qui accueillit Sidi Ali al-Qâdiri, le premier ancêtre arrivé au Maroc. Une fois installé, il construisit un lieu de recueillement soufi, une zawiyya, d’où il commença à transmettre son enseignement spirituel. Pendant les périodes de famine, il offrait aux gens de la tchicha, une soupe de blé concassé. Cet acte de générosité lui valut, ainsi qu’à sa descendance, le surnom de Boudchichi. Les tribus des Béni Snassen, particulièrement celle des Béni Khaled, vont reconnaître l’affiliation des Boudchichi au Prophète, par la « chaîne d’or » de l’initiation et, par conséquent, le dépôt sacré qui leur revient. Les descendants de Sidi Ali al-Qâdiri continuèrent de bénéficier de la confiance des tribus de la région. Une confiance alimentée par le respect que leur inspirèrent ces personnages, dont Sidi al-Hadj al-Mokhtar, Sidi Boumedienne, Sidi al-Hadj al-`Abass et, aujourd’hui, Sidi Hamza....

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