Connaissance par l’expérience

Si les réalités spirituelles voilées au regard (baçar) ne sont perceptibles qu’à la vision (baçîra) du coeur (qalb), il n’est possible de saisir le sens des choses cachées qu’avec l’aide d’une expérience spirituelle. Les soufis considèrent cette expérience comme une éducation (tarbiyya). Il est nécessaire, selon eux, de rééduquer l’âme dont la réalité « brute » (opaque) s’interpose entre la vision du coeur et les réalités spirituelles.

L’expérience mystique est le passage d’une conscience (shû`ûr) du sacré en puissance à une réalisation en acte de la condition sacrée de l’Homme. Par le biais du dévoilement des Vérités divines, l’individu traverse deux niveaux de conscience spirituelle importants: les états (hâl) et les stations (maqâm) spirituels.

L’état spirituel (hâl) est défini par les soufis comme une sensation qui émane du fond de l’être. C’est une « rencontre » (wajd) de l’âme en état d’accueil, avec les Lumières divines. Ce peut être un état de nostalgie (shawq), de crainte révérencielle (hayba), d’épanouissement (bast)… Il survient furtivement et échappe à tout contrôle. Le hâl disparaît aussi rapidement qu’il est venu.

La station spirituelle (maqâm) est une expérience plus durable que la précédente. C’est l’affermissement du hâl dans la conscience. Ainsi, l’état (hâl) de gratitude (al-shûkr) qui, lors des expériences, apparaît et disparaît, devient une station stable une fois réalisé pleinement. Le maqâm est une « demeure spirituelle » (manzil), un gîte d’étape du voyageur.

 

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