Le polissage du cœur

Le polissage du cœur

« La Lumière divine tourne autour du coeur du disciple. Mais de même que, pour qu’un avion atterrisse, il faut que la piste d’atterrissage soit entièrement dégagée, si notre coeur est rempli de désirs et de passions, la Lumière ne trouvera pas de lieu où se poser. » (Sidi Hamza) Le coeur est, chez les soufis, d’une importance capitale, car il est le moyen qui permet à l’Homme d’accéder au royaume de l’intériorité: « […]. On perçoit l’extérieur des choses, mais l’intérieur nous reste caché et occulté. Le corps se trouve dans ce monde, mais le « coeur » (qalb), l’intériorité, est dans une autre dimension, un autre royaume. L’accès à cette intériorité, c’est toute la voie. » (Sidi Hamza) « […] La vraie science vous viendra de l’intérieur, de votre coeur. C’est une science inspirée (`ilm ladûni) . » (Sidi Hamza) Le principal travail spirituel du disciple est de mener un combat vigilant et persévérant contre le despotisme de son ego, dominé par ses passions, son orgueil, ses ambitions et qui l’incite à porter des jugements sur autrui. Sidi Hamza conseille à ce propos: « Chaque fois qu’une suggestion négative essaie de pénétrer dans ton coeur, essaie de la renvoyer en mettant tous les défauts sur le compte de ton ego et en disant: « C’est moi qui suis en tort et si je vois le défaut dans l’autre, c’est parce qu’il est en moi, sinon, je ne l’aurais pas vu. » Il ne faut pas laisser entrer n’importe quoi dans le coeur, sinon, il devient comme une écurie pleine de choses sales. Il ne faut faire entrer dans le coeur que ce qui est bien, ainsi garderons-nous un intérieur propre et pur. Même s’il y a des choses malsaines, elles sortiront grâce à l’invocation. Mais si nous laissons des choses impures entrer à nouveau, c’est comme si nous faisions un double travail. » (Sidi Hamza) Sidi Hamza insiste principalement sur la pratique de l’invocation (dhikr) afin de purifier le coeur des « suggestions négatives ». Parallèlement à ce travail de polissage, il souligne l’importance d’orienter le coeur vers les Lumières spirituelles afin que, tel un miroir, il les réfléchisse. Lorsque le cœur est purifié, que l’individu parvenu à la conscience du « fond du cœur » ne voit plus les choses que sous l’angle de la beauté, alors peut se manifester l’effusion du Secret divin (sirr) dans le cœur: « Lorsque les gens voient un groupe d’abeilles, ils apportent une caisse dans laquelle ils mettent des choses sucrées et parfumées. Quand les abeilles sentent ce parfum, elles rentrent dans cette ruche. Si les abeilles aiment et apprécient ce lieu préparé, elles s’y installent. Dans le cas contraire, les abeilles resteront un ou deux jours dans la ruche et elles la quitteront par la suite. La même chose se passe pour le Secret divin. S’il trouve le réceptacle propre et parfumé, il y restera et progressera. Les abeilles, quant à elles, s’installent, se reproduisent et produisent du miel, un miel grâce auquel elles vivront toujours. » (Sidi Hamza)...

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La sincérité

La sincérité

La sincérité (sidq) de l’engagement est fondamentale dans l’enseignement soufi. Elle constitue le « capital » (ras-al-mal) du faqir. C’est en fait la qualité de cette sincérité, plus qu’une simple mise en pratique des oeuvres de piété, qui donne au faqir la force de remettre en cause les tendances égotiques de son âme. Ballotté entre les altérités, l’ego construit, par procuration, une image de lui-même. Tant qu’il ne se libérera pas de cette image qu’il a lui-même façonnée, l’ego restera prisonnier de lui-même. La sincérité se traduit entre autres par l’acquittement des devoirs qui incombent au disciple, la pratique de ce que lui recommande son Maître. L’expérience du disciple débute par le « goût » (dhawq). Il perçoit au plus profond de son être des états mystiques qui le traversent. Ce sont les premières fulgurations (hâl) des Lumières divines. Cette expérience de la Lumière est ce à quoi le disciple aspire tout au long de son parcours. Son seul désir, sa seule intention ne sauraient cependant lui garantir l’accès à cette Lumière. Comme le dit Sidi Hamza, en utilisant ici encore une image bien contemporaine, il lui faut « payer ses taxes »: « Le Maître peut toujours communiquer la Lumière, mais encore faut-il que le disciple ait fait tout ce qu’il faut pour la recevoir. C’est comme un générateur d’électricité: pour en recevoir la charge, il faut établir toute une installation, et il faut en plus payer les taxes. C’est ainsi seulement qu’on peut recevoir l’électricité ou la lumière. Les taxes, en l’occurrence, sont les devoirs qu’il incombe au disciple de remplir vis-à-vis de la voie: don de soi, dhikr, application de la shari`a. Si l’on ne paie pas ses taxes, il se peut que l’électricité nous soit retirée, même après qu’on l’ait reçue. Celui qui a été habitué à la Lumière éprouve une grande difficulté à s’en passer.  » (Sidi Hamza) À un autre niveau, la sincérité est aussi celle du sens de la quête. Tout en conseillant à ses disciples de prendre soin des hâl qui surviennent lorsque le traversent des éclairs de la Lumière divine, le Shaykh rappelle que ces manifestations font partie de la progression sans pour autant en être le but: « Ne désirez pas le hâl, la hadra, l’ouverture, les visions, etc. Ne désirez que la connaissance de Dieu. Le désir des hâl et des visions risque de voiler cette connaissance. » (Sidi Hamza)...

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L’humilité

L’humilité

« La vraie connaissance ne s’obtient que quand on la demande vraiment avec humilité. La démarche pour s’acheminer vers elle est comparable à celle d’une personne qui veut boire de l’eau d’un ruisseau. Cette personne devra se baisser jusqu’au ruisseau pour boire. L’eau est toujours située dans le lieu le plus bas d’un endroit, il nous faut être comme l’eau. » (Sidi Hamza) Ainsi, celui qui aspire sincèrement à la connaissance spirituelle devra renoncer à l’illusion de pouvoir approcher cette connaissance par l’intellect. Il devra humblement entrer dans une démarche intérieure où son objectif ne sera même plus de comprendre mais de vivre la proximité avec Dieu: « Il faut, au début, abandonner la prétention à tout comprendre à partir de la connaissance exotérique. Il faut méditer, oeuvrer, jusqu’à ce que l’ouverture (fath) se produise. Mais le but lui-même n’est pas cette ouverture. Le but est celui de n’avoir plus aucune attente que celle d’être proche, conforme à la Vérité, dans un désintéressement complet. Lorsque l’on n’est pas conforme à la Réalité, al-Haqq, on souffre, on vit dans la médiocrité. Un Saint disait:  » […] Si les vaches pouvaient prendre connaissance de ce en quoi nous nous trouvons, elles vendraient leur peau pour y parvenir. » Mais celui que Dieu veut guider vers cette Réalité, cet accomplissement, il le rend assoiffé, affamé […]  » (Sidi...

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