Aussi loin…

Bismi Lah ar-Rahman ar-Rahim.

Aussi loin que je remonte dans le passé, la vie au quotidien m’a toujours laissé insatisfait. Même si, en général, la mécanique fonctionnait bien, je cherchais un sens à son fonctionnement. Ce n’était pas toujours une recherche à plein temps, bien sûr, car comme tout le monde, le tourbillon de la vie m’a aussi emmené loin du centre… Mais même alors, une voix me disait : ¨Oui, mais il y a autre-chose!¨ Et le questionnement reprenait de plus belle.

J’ai frappé à quelques portes, qui auraient pu ouvrir sur des domaines stériles, équivoques ou dangereux . Nous vivons à une époque où règne la confusion dans tous les domaines,et où le fac-simile et le virtuel sont rois. Heureusement pour moi, je ne me suis pas perdu dans cette multitude d’écoles et de faux-maîtres. À la recherche du sens, j’ai fréquenté des livres un peu comme on fréquente des amis qui nous éclairent ou nous aident à préciser nos idées; je me suis donc nourri de plein de livres sur la spiritualité et sur les voies qui pouvaient conduire à La fameuse rencontre, la seule qui compte vraiment. Parmi les auteurs qui m’ont servi de guides, plusieurs faisaient référence à l’Islam, au soufisme, à l’invocation des Noms divins, à la puissance et aux effets de ces invocations, mais j’ai toujours pensé que tout ceci ne pouvait concerner que des musulmans vivant à l’étranger et donc que j’étais automatiquement disqualifié pour emprunter cette voie de connaissance puisque venant d’un milieu catholique. Chaque fois que je lisais un texte sur l’ésotérisme musulman, je voyais comme un monde s’ouvrir, mais cette ouverture restait toute intellectuelle; je me sentais concerné, mais sans la possibilité de développer quoi que ce soit, et j’étais comme un spectateur devant un spectacle fascinant – touché, ébloui parfois, mais toujours laissé en dehors du jeu lui-même.

Ces lectures ont tout de même produit leur effet car elles m’ont donné faim et soif d’en apprendre encore plus, au point de me rendre ces dernières années carrément assoiffé de Lui ; jusqu’au jour où un ami vint me rejoindre au resto avec une revue publiée par une confrérie soufie. Ce fut le déclic. Tu fréquentes une confrérie soufie? Ah oui! Tu participes à des méditations en groupe? Ah oui! Et tout çà à Montréal!!! Il m’invite à l’accompagner un soir à leur lieu de rencontres, où je fais la connaissance d’autres personnes avec lesquelles j’ai pu échanger enfin sur les choses vraiment essentielles. Un véritable bonheur.

Les ateliers hebdomadaires portent le beau titre de La Quête du Sens. Et je me souviens avoir dit à l’animateur, lors de notre première rencontre, que je me sentais un peu comme un asphyxié en manque d’oxygène : j’étais en situation d’urgence. Dans ces ateliers, lors des présentations ou au cours des périodes d’invocation, toutes ces questions restées sans réponses ou en suspens durant tant d’années d’errance ont trouvé des éléments de réponse qui m’ont satisfait pleinement. Puis j’ai commencé la pratique, seul à la maison matin et soir, puis après quelque temps avec d’autres personnes; c’est ainsi que j’ai réalisé que même si j’avais cherché toute ma vie, en vérité, c’est Lui qui m’a vraiment cherché, et permis de Le trouver, et cette porte qui m’était ouverte m’offrait enfin la pleine Lumière.

Mes lectures me l’avaient fait comprendre il y a bien longtemps: nous ne pouvons connaître notre Créateur tel qu’Il est en Lui-même, nous ne pouvons que nous en approcher, et plus ou moins, par la connaissance de Ses attributs, sous la protection d’êtres prédestinés qui ont atteint, eux, un état de proximité auquel ils nous font participer. Après toutes ces années de recherche et d’expériences plus ou moins fécondes, j’ai donc enfin commencé à travailler, et dès le début, j’ai pu faire l’expérience de la présence et de la protection du maître : nuit et jour j’ai pu ressentir le contact vivificateur d’un être qui se trouve physiquement à 6500 km de chez-moi. Dans cet Occident presque totalement désacralisé où je vis, et où la matière semble régner en maître, me sont soudain parvenus par des voies subtiles, grâce à Sidi Hamza, des effluves d’une source capable de fertiliser toute terre stérile. Et je suis sorti de cet état d’urgence où je me trouvais, puisque j’ai nourriture quotidienne et oxygène à ma mesure. Quoi demander de plus?

Après quelques mois de pratique et entouré de compagnons merveilleux, j’ai ressenti le besoin d’aller au Maroc rencontrer Sidi Hamza . En arrivant à Madagh, le lieu m’a semblé béni : le temps y est suspendu . Sa raison d’être est de rendre grâces à Dieu, et il n’y avait presque plus de distinction entre le jour et la nuit, puisque tout le temps Lui était consacré, en prières, en méditations, en invocations, seuls ou en groupe. Il est Le centre autour duquel nous tournions tous, un peu comme cela doit être au Paradis en Sa Présence… Un lieu béni, vraiment… Lors de la rencontre avec Sidi Hamza, nous étions plusieurs dans ses appartements, et comme c’est lui qui connaît la dose de la médication nécessaire à chacun, à moi il a laissé voir son visage de douceur, de bonté, de générosité, d’humour, de gravité aussi, et j’oserais dire, d’humanité: si j’avais pu voir son véritable statut spirituel, peut-être ne m’en serais-je jamais remis. Et ce statut, justement, peut-être après tout m’en a-t-il laissé entrevoir quelqu’aspect… Je ne l’ai vu qu’une seule fois mais je suis convaincu qu’à chaque rencontre il doit laisser voir une facette différente de son état spirituel, celle-là même qui peut nous être utile à ce point précis de la route qui mène à Lui. Depuis mon retour, curieusement, j’ai le mal du pays : car mon véritable pays désormais est à Madagh, et je me languis loin de lui…

C’est une preuve supplémentaire de la miséricorde divine qu’il puisse exister encore aujourd’hui des êtres accessibles et capables de servir de relais entre notre Créateur et nous; leur présence et leur influence est une preuve que la circulation est toujours intense sur cette échelle de Jacob qui relie le monde céleste au monde humain. Bénisse Sidi Hamza pour sa grande générosité de s’offrir ainsi comme guide, non plus seulement à des disciples de son pays mais aussi à des gens de bonne volonté du monde entier! Il n’y aucun mot pour exprimer la gratitude que l’on peut éprouver lorsque l’on a le privilège d’être relié à l’un de ces êtres d’exception.

Normand Daigneault, Nour.

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